4 avril 2014

Dans le Bronx,
la photo en quête
d’un coup de pouce

Créé par le photographe Michael Kamber, le Bronx Documentary Center espère lever 30 000 dollars d’ici la mi-avril grâce à une campagne de financement participatif.



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L’immeuble du Bronx Documentary Center.


Michael Kamber est un bâtisseur. En 2011, après des années à couvrir les guerres pour le New York Times, il achète un immeuble à l’abandon au sud du Bronx. Fatigué de courir après les balles, endeuillé par la mort de son ami Tim Hetherington en Libye, le reporter a décidé de poser ses valises et de se réinventer. Il investit ses économies dans la rénovation du tas de pierres, qu’il transforme en sanctuaire dédié à l’éveil des consciences par la photographie.

Son « Bronx Documentary Center » se donne pour mission de rapprocher les gens. En quelques années, à coups d’expositions photographiques et de projections documentaires, Michael Kamber met sur pied un lieu d’échanges. Depuis son ouverture, avec l’aide d’une solide équipe de bénévoles, le centre a organisé huit expositions et plus de 80 projections suivies de débats. Lors des inaugurations se croisent mères célibataires et journalistes du New York Times.

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Le photographe Joao Silva lors d’une rencontre au Bronx Documentary Center. Il a perdu ses jambes lors d’une mission en Afghanistan en 2010.


Mais son rêve coûte cher. A l’automne dernier, au cours d’un entretien accordé à 6Mois, Michael Kamber confiait la difficulté de financer son projet. Une seule exposition coûte près de 10 000 dollars (7000 euros). En quête de fonds, l’ancien reporter vient de lancer une campagne de financement participatif sur le site Kickstarter. Objectif : lever 30 000 dollars (22 000 euros) d’ici mi-avril.

Avec l’argent récolté, le centre espère boucler son budget 2014. Au programme, quatre expositions photographiques, des dizaines de projections documentaires et l’extension d’un programme d’initiation à la photographie destiné aux enfants du Bronx. Une fois par semaine, Michael Kamber les envoie aux quatre coins du quartier un appareil photo à la main. Tous les vendredis, l’ancien reporter propose également des cours de photo gratuits aux jeunes adultes du quartier. Plus que la technique, il y enseigne une certaine éthique du journalisme fondée sur la rigueur et l’intégrité.


Familier du système D, le Bronx Documentary Center a pris l’habitude de monter ses expositions avec des bouts de ficelles. Les cadres sont faits maison, les tirages réalisés en empruntant des imprimantes. Les quelques ordinateurs de l’équipe sont tous de seconde main. Mais le centre est décidé à monter en puissance. Michael Kamber veut « changer le Bronx ». Informelle à ses débuts, l’organisation est devenue une association autorisée à recevoir des dons à l’automne dernier. La première enveloppe, obtenue de la fondation Ford, a permis de financer trois postes à mi-temps.

Le sud du Bronx n’est plus le ghetto qu’il était dans les années 1980, mais le quartier est encore à la peine. Les deals de drogue se font à ciel ouvert au coin de la rue. Il y a quelques mois, une fusillade a éclaté devant une école à l’heure de la sortie des classes. Une nuit, un gamin de 14 ans est tombé sous les balles à deux pas du Bronx Documentary Center. Michael a retrouvé les douilles sur le pas de sa porte.

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Des collégiens découvrent l’exposition de la photographe Stéphanie Sinclair,
"Trop jeune pour se marier".


Si Manhattan n’est qu’à trois stations de métro, beaucoup de jeunes n’y ont jamais mis les pieds. Certains ont pris l’habitude de passer leurs après-midis au centre plutôt que de traîner dans la rue. Mi-février, Michael Kamber a célébré la Saint-Valentin en invitant les habitants à se faire tirer le portrait gratuitement.

Lancée début mars, la campagne de crowdfunding a déjà permis de récolter 24 000 dollars (17 500 euros) sur les 30 000 espérés. Mais les lois du financement participatif sont impitoyables. Si le centre n’atteint pas son objectif, il ne touchera pas un centime de l’argent amassé jusque là. La collecte est ouverte jusqu’au 15 avril, il reste donc onze jours au Bronx Documentary Center pour lever 6 000 dollars (4000 euros).

Mathilde Boussion

Pour soutenir le Bronx Documentary Center, cliquez ici.

Retrouvez le site du Bronx Documentary Center ici.


A l’automne dernier, 6Mois s’est longuement entretenu avec le fondateur du Bronx Documentary Center, Michael Kamber. Retrouvez l’intégralité de cette interview dans le dernier numéro de 6Mois, paru en mars 2014.



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