N°15 - HIVER 2018

ombre
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Edito

En sept ans d’existence, 6Mois a publié peu de photographes français et cela nous a été parfois reproché. En effet, la France est reconnue avec les États-Unis comme le pays du photojournalisme. Paris a vu naître des agences de photoreportage prestigieuses (Gamma, Sygma, Sipa…). Dans tout le pays fleurissent des expositions célébrant les gloires françaises, d’Henri Cartier-Bresson à Raymond Depardon. Et Perpignan accueille chaque fin d’été le festival de photojournalisme le plus important du monde, Visa pour l’image. Pourquoi une revue française serait-elle réticente à publier des photographes français  ?

Le paradoxe n’est qu’apparent. Paraissant tous les six mois, votre revue ne peut pas accueillir des photos d’actualité «  chaude  »  : isolées et sorties de leur contexte, elles n’auraient plus le même sens. Les images people ou posées sont aussi hors champ pour nous. Nous ne sommes pas non plus une revue de photos d’art, qui publierait des travaux exposés dans les musées ou au festival d’Arles. Notre projet est de raconter l’époque en images, avec des histoires complètes, qui tirent un fil narratif sur des semaines, des mois, parfois même des années, pour donner à voir et à comprendre le monde, pour constituer au fil des numéros une mémoire visuelle, subjective et forte, de notre XXIe siècle, celui de la mondialisation.

Nous changeons de civilisation. L’ère qui s’ouvre est celle de l’interconnexion et de l’uniformisation des modes de vie, les sociétés évoluent à une vitesse sidérante. Des phénomènes apparus en Asie ou en Afrique font bouger les lignes en Europe. Des faits de société américains anticipent des bouleversements ailleurs sur la planète.

Les histoires humaines emblématiques de ces évolutions du monde sont celles qui intéressent 6Mois, parce que nous pensons qu’elles vous intéressent. Le langage de l’image étant universel, nous cherchons dans le monde entier des histoires étonnantes, des regards qui sont parfois passés sous le radar des grands journaux internationaux. Leurs auteurs sont donc italiens ou chinois, russes ou américains. Et français, bien sûr, quand ils proposent de tels sujets.

Avec cette livraison de printemps, nous sommes heureux de publier parmi les longs récits trois photographes français. Ce sont des trentenaires, des talents neufs. Leurs histoires racontent la vie d’être humains impliqués dans des défis ou des phénomènes de société d’aujourd’hui  : la migration économique, l’enfouissement des déchets nucléaires, l’explosion des jeux vidéo. Elles sont nées parce qu’ils ont regardé autour d’eux, tout simplement. Une bonne histoire commence souvent par un détail.

À l’origine du reportage de Thomas Morel-Fort sur les domestiques philippines, une rencontre dans le métro parisien. Donna rentrait chez elle. Ils ont discuté, se sont revus, elle a accepté d’être prise en photo. Et le photographe n’a pas hésité à se faire embaucher au service d’une famille pour rendre compte de ce que vivent ces femmes de ménage qui sacrifient leur vie pour offrir un avenir à leurs enfants.

Le point de départ du reportage de Fabrice Catérini sur l’enfouissement des déchets radioactifs à Bure a été la lecture d’un journal satirique, Siné Mensuel. Il s’étonne du silence des médias traditionnels, se pose des questions. Son reportage assouvit sa curiosité et la nôtre. Il ne dénonce pas, il raconte. Il n’a pas de certitude, il interroge.

La plongée d’Adrien Vautier au cœur des «  sports électroniques  » tient à l’insistance de son frère, journaliste à Montpellier, qui avait besoin d’illustrer un reportage. Et c’est comme cela qu’il est tombé dans ce monde parallèle de passionnés, envoûtés par le jeu, qui attire tant de jeunes mais que l’on ne voit pas.

La publication de ces trois histoires est une coïncidence heureuse. Elle montre que les centres d’intérêt d’une nouvelle génération de photojournalistes français sont en phase avec le projet de 6Mois •

Laurent Beccaria, Patrick de Saint-Exupéry, Marie-Pierre Subtil

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