4 mai 2017

Les dessous de l’image

« L’amiante dans la peau »

Nanda Gonzague

Chaque semaine, un photographe revient sur l’une de ses images qui l’a marqué. Nanda Gonzague a choisi cette photo de Jean-Pierre, prise dans le cadre d’un projet sur les conséquences sanitaires, environnementales et économiques de l’industrie de l’amiante



« J’ai rencontré Jean-Pierre Ignace en octobre 2016 à Dunkerque, par le biais de l’Ardeva, une association qui défend les victimes de l’amiante. Il a passé 25 ans sur les chantiers navals de Dunkerque. A l’époque, c’était le principal point d’entrée de l’amiante dans le pays. Jean-Pierre en a inhalé toute sa vie. Ce qui m’a frappé en voyant Jean-Pierre la première fois, c’est son humanité. Cet homme n’a plus qu’un seul poumon, est en insuffisance respiratoire et se fatigue très vite, mais il fait preuve d’une gentillesse, d’une jovialité et d’un sens de l’humour à toute épreuve. Je suis toujours très précautionneux quand je prends en photo les victimes de l’amiante. Travailler avec elles, c’est photographier leur intimité, leur corps, leur santé. Et l’exposer.


Avec Jean-Pierre, on a commencé par longuement discuter. Mais raconter son histoire l’épuisait. On s’est arrêté pour qu’il pose ce masque sur son visage, pour mieux respirer. En le voyant ainsi, j’ai su que je voulais immortaliser ce moment. L’histoire personnelle de Jean-Pierre éclaire parfaitement l’histoire française de l’amiante. Quand je lui ai demandé si je pouvais photographier cette séance de kiné-respiratoire, il m’a tout simplement répondu : « Oui bien sûr, c’est important que les gens comprennent ».

Cliquez sur l’image pour l’agrandir


Il y a deux semaines, il devait subir une opération pour se faire retirer son deuxième poumon, crépi de calcifications dues à sa longue exposition à cette substance cancérigène. Finalement, les médecins ont jugé bon de ne pas lui retirer pour le moment. Mais ce n’est qu’une question de temps…

Fidèle à lui-même, il a profité des quelques jours précédant l’opération pour partir en vacances avec sa famille. Conscient que, malgré tout, la vie continue. »


Propos recueillis par François Camps



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