23 février 2018

LA FAMILLE BLANCHFLOWER

Kalel Koven

Chaque semaine, un photographe raconte l’une de ses images qui l’a marqué. Kalel Koven a rencontré l’étonnante famille Blanchflower dans le camp de Rosebud lors des manifestations contre la construction du pipeline du Dakota, aux États-Unis.



« Janvier 2017. Les soutiens affluent de tous les États-Unis vers la réserve indienne de Standing Rock. Ce qui au départ n’était qu’une protestation locale pour la défense des terres sacrées sioux s’est mué en combat écologique d’ampleur mondiale contre la construction du Dakota Access Pipeline. Depuis que le gouvernement a déplacé le tracé de l’oléoduc à 800 mètres de la réserve, menaçant la rivière Missouri en cas de fuite, tous les yeux sont rivés sur le Dakota du Nord.

Plusieurs campements ont été créés depuis le début des manifestations : Océti Sakowin, L’eau est la vie, Red Warrior, Sacred Stones… Alors que je m’aventure dans le camp de Rosebud vers un cercle de tipis pensant y croiser un Amérindien, je tombe sur une jeune femme. Elle s’appelle Kayla. Nous échangeons quelques mots et elle m’invite à la suivre dans sa maison de fortune installée contre un bus scolaire marron recouvert de neige.

Sous les toiles du tipi, ils sont sept. Kayla, son compagnon Andy et leurs cinq enfants : Rowan, Isla, Séquoia, Tamarac et Raven. Tous nés sur la route. Lui est britannique originaire de Manchester mais sillonne les Etats-Unis depuis trente ans. Il gagne sa vie en organisant des ateliers de fabrication de tipis, le plus souvent l’été. Ils ne sont ni amérindiens, ni vraiment nomades.

Cliquez sur l’image pour l’agrandir : On pourrait penser que ce sont des hippies, des doux-dingues ou des paumés. La famille Blanchflower est tout le contraire. Vivant en autosuffisance, ils parcourent les États-Unis dans leur vieux bus scolaire cherchant un endroit où la nature peut subvenir à leurs besoins et y restent jusqu’à ce qu’il ne leur convienne plus. Terre à terre, ils sont connectés aux réseaux sociaux, conscients de leur choix de vie et ils l’assument. Leurs enfants ne sont pas des petits sauvages. Ils veulent tout apprendre, tout savoir. Les plus grands baragouinent le sioux au contact des Amérindiens quand Kayla et Andy communiquent en langage des signes avec le petit dernier qui ne sait pas encore parler.

Les rencontrer a été une vraie claque. Leur choix de vie est extrême. À l’opposé du nôtre. Mais ils ont retrouvé des valeurs essentielles que nous avons perdues dans nos sociétés. On aurait beaucoup à apprendre d’eux. »

Propos recueillis par Clara Hesse



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