16 septembre 2019

La Congrégation

Sophie Green

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Le porte-bébé dans lequel s’est endormi son fils dans une main, ses tongs Adidas dans l’autre, Seun pose derrière un horizon de grues et d’appartements flambants neufs à Southwark, un quartier du sud de Londres. Sa tenue montre qu’il appartient à la congrégation chrétienne aladura.

Née au lendemain de la Première Guerre mondiale au sein la communauté Yoruba, au Nigeria, cette mouvance religieuse se réclamant du courant spiritualiste ou pentecôtiste s’est développée depuis aux quatre coins du monde. Dans le quartier londonien de Southwark, cœur battant de la diaspora nigériane, les fidèles d’aladura ont vu s’ériger pas moins de 250 églises indépendantes, la plus forte concentration en dehors du continent africain.

Communément appelées « White Garment Churches  », ces églises n’ont pas échappé à l’œil de la jeune photographe Sophie Green, née en 1991 et originaire de Southwark. « Un dimanche matin, alors que je marchais le long de Rye Lane, une avenue où défilent les fidèles à mesure qu’ils entrent et sortent des églises, j’ai été frappée par la beauté d’une de ces femmes vêtues tout de blanc, raconte-t-elle. Je lui ai demandé si je pouvais l’accompagner à la messe. Pendant sept heures d’affilées, j’ai vibré, entourée d’une foule d’hommes, de femmes et d’enfants chantant, dansant au rythme des tambours et priant à l’unisson. » Depuis ce jour de 2016, elle n’a cessé de photographier les différentes églises aladura, gagnant petit à petit la confiance des fidèles et de leurs pasteurs.

Sensibles à l’influence européenne, les White Garment Churches font cohabiter bagouzes dorées, technologie dernier cri, griffes de luxe et traditionnelles robes blanc immaculé. « Dans un pays comme le Royaume-Uni où plus de la moitié de la population s’identifie comme n’ayant aucune religion, il est important que cette diaspora ouest-africaine ait les moyens de se souvenir et d’honorer son identité culturelle et sa spiritualité », estime Sophie Green. Face à la gentrification croissante qui frappe le centre de Londres, les églises aladura continuent de prospérer. La plupart d’entre elles se sont improvisées dans des zones industrielles, d’anciens immeubles de bureaux ou des rues achalandées.

Clara Hesse

Le livre « Congregation » de Sophie Green est sorti le 25 avril dernier aux éditions Loose Joints. Pour vous procurer son livre, ici.
Voir son site internet : http://www.sophiegreenphotography.com/

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