23 mars 2017

Les dessous de l’image

La dernière seconde

Ash Adams

Chaque semaine, un photographe décrypte l’une de ses images qui l’a marqué. Cette semaine, Ash Adams nous présente Jennifer et sa fille, Sky.



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@ Ash Adams

« J’ai donné naissance à mon premier enfant en Alaska. Je n’étais pas censée pouvoir en avoir, c’était une grossesse surprise. L’accouchement s’est bien déroulé mais j’ai découvert que les sages-femmes aux Etats-Unis n’ont pas de formation. Il y a des erreurs, des malentendus. Une amie sage-femme m’a expliqué que dans son hôpital, la moitié des accouchements se faisaient sous césarienne.


Comme cela ne me semblait pas normal, j’ai commencé un travail photographique sur ce moment, l’accouchement, souvent sur - ou sous - médicalisé, rarement vécu comme la mère l’aurait souhaité. Je traînais beaucoup dans les hôpitaux, suivant une famille, en convainquant une autre de me laisser pénétrer leur intimité. Un jour, une infirmière est venue vers moi. Elle m’avait vue passer dans les couloirs et voulait me parler de sa propre grossesse. La fille qu’elle attendait était malade : atteinte d’hétérotaxie et d’isomérisme, ses organes n’étaient pas placés au bon endroit. Jennifer devait donc accoucher à 4 000 kilomètres d’Anchorage, à Portland, dans l’Oregon.

Sa fille, Sky, a quinze mois aujourd’hui. Elle a survécu à trois opérations à cœur ouvert. Et il y en aura bien d’autres. La plupart des enfants qui souffrent d’hétérotaxie ne survivent pas après cinq ans. L’élever, l’aimer, c’est toujours jongler entre la peur et l’optimisme. Jennifer et son mari ont trois autres enfants ensemble, plus deux adolescents issus d’une première union. La maladie de Sky emporte toute la famille dans un tourbillon logistique, émotionnel, financier, dont je suis témoin au jour le jour.


Dans cette image, je vois Jennifer confier sa fille au monde médical. Dans son ventre, sa fille va bien. Dehors, elle peut mourir aussitôt, les médecins l’ont prévenue. À la seconde où est prise cette photo, c’est un long chemin qui commence… ».


Propos recueillis par Marion Quillard



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