25 octobre 2018

Cynodrome

Thomas Freteur

Chaque semaine, un photographe raconte l’une de ses images qui l’a marqué. Thomas Freteur, photographe belge, a poussé les portes du cynodrome d’Awans, dans la province de Liège. Un retour dans les années 80, au pays de la bière et des frites.



Un dimanche matin, il y a quelques années, Fausto mon compagnon de vadrouille me traine au cynodrome d’Awans, dans la région de Liège. Depuis l’autoroute E40 et l’aéroport de Bierset, le bâtiment rectangle nous faisait de l’œil, avec sa pelouse nickel chrome. Plus on s’approchait, plus on entendait les jappements. Ici, tous les week-ends, les mordus de course aux lévriers se donnent rendez-vous.

Immédiatement, je suis tombé sous le charme suranné du lieu. Entretenu uniquement par des bénévoles, l’endroit avait un côté très années 80, presque rustique. Le moteur du leurre qui fuse sur la piste et l’utilisation de la vidéo pour départager les coureurs à quatre pattes étaient probablement les rares traces de modernité qu’on pouvait trouver sur place. Seul hic : depuis que je suis gamin, j’ai peur des chiens.

Cliquez sur l’image pour agrandir : Qu’importe, j’ai pris sur moi. Pour ce sujet, j’avais décidé de troquer mon appareil numérique contre le vieil Hasselblad de 1962 légué par mon grand-père, autrefois photographe. Rapidement, mon nouveau jouet et moi-même avons suscité la curiosité des habitués. C’est comme ça que j’ai rencontré Freddy et le fils de la dame aux tickets. Le retraité tenait la friterie du cynodrome depuis des années. Le gamin était censé l’aider mais il passait plus de temps à manger des frites cuites dans l’huile de bœuf qu’à servir les clients.

Tous les week-ends, de mars à octobre, je me suis frotté à ces passionnés, plus intéressé par le microcosme qui fourmillait que par les courses de lévriers. J’y ai appris qu’en Belgique on ne pariait pas et que «  la formule 1 des canidés » n’était pas la créature la plus douce qui soit (je la qualifierai même d’hargneuse, c’est d’ailleurs le seul point commun qu’on peut lui trouver avec les caniches).

Mon sujet fini, j’ai mis les cynodromes de côté. Et puis, il y a quelques mois, j’y suis retourné. Juste pour voir. Humer l’odeur du graillon. Observer un dernier tour de piste. Freddy et le garçon pris en photo en 2014 n’étaient plus là. Le prix des frites, lui, n’avait pas bougé. Comme la peinture, toujours affichée au mur. Et moi, je n’ai presque plus peur des chiens.

Clara Hesse



Trait de s?paration
Trait de s?paration
Trait de s?paration

Version imprimable de cet article Version imprimable
Partager


En librairie


Enquête L’ENCLAVE

Photobiographie ELON MUSK

Portfolio FEMMES BATTANTES

8 mars 2019

trait de séparation

Les coulisses d'une photo, racontées par son auteur

Reportages, enquêtes, coups de coeur de la rédaction

Au micro de 6Mois, des lecteurs réagissent à une histoire publiée dans la revue

Chaque mois, le libraire Marc Pussemier conseille un livre de photographie