20 avril 2018

Les dormeurs des Alpes

Stéphanie Buret

Chaque semaine, un photographe raconte une de ses images qui l’a marqué. Stéphanie Buret nous parle de la montagne : des Alpes suisses en particulier. Basée à Genève, elle a constaté que l’art et la culture s’invitaient sur les sommets.



« Téléphériques high-tech, musées de glaces, Roméo et Juliette à 3000 mètres… Autant d’alternatives créées pour attirer d’autres sources de revenus que ceux liés à la pratique du ski. Sous mes yeux, c’est une véritable révolution urbaine qui est en train de se jouer en altitude. La montagne change de visage et les constructions humaines transforment le paysage.

Inspirés par ce mouvement, Frank et Patrik Riklin, artistes suisses jumeaux, imaginent le « Null Stern » (« Zéro Étoile » en français) : une chambre d’hôtel de luxe au cœur de la montagne installée entre 1200 et 1800 mètres d’altitude. L’idée ? Dormir comme un roi à la belle étoile, sans murs, ni toit. Chaque été, l’hôtel prend ses quartiers sur un nouveau sommet des Grisons. Et le concept plaît : ils reçoivent 1300 demandes par an de clients qui viennent du monde entier.

Cliquez sur l’image pour l’agrandir : Ce soir-là, nous attendons un couple de Mexicains. Il est presque 20 heures. Un villageois originaire de la région engagé comme majordome pour la saison est parti les chercher à la gare. Le Null Stern embauche souvent un agriculteur du coin. L’installation artistique offre la possibilité de regarder les villages qui vivent « à côté lit ».

Je ne suis pas la seule intéressée par la venue des Mexicains visiblement : une équipe de télé suisse opère ses derniers réglages. Dissimulée derrière un talus, je guette l’arrivée des clients. Pour les Sud-Américains et la télévision, les artistes jumeaux se sont déplacés.

Quelle surprise quand nous découvrons que la chambre a en fait été réservée par un couple de Genève, absolument pas mexicain ! Pour 300 francs suisses (240 euros), ils goûteront à l’expérience d’une nuit passée au cœur des Alpes. Et de leur lit à ciel ouvert, ils contempleront le paradis blanc qui, de cime en cime se transforme et se désacralise. »

Propos recueillis par Clara Hesse



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