4 octobre 2018

Les gitans de Pondichéry

Thibault Marlat

Chaque semaine, un photographe raconte l’une de ses images qui l’a marqué. Thibault Marlat a suivi l’action de l’association Samugam qui oeuvre pour améliorer le quotidien de la communauté gypsies de Pondichéry.



« Dans la région du Tamil Nadu, au sud de l’Inde, non loin de l’aéroport de Pondichéry et à une dizaine de kilomètres de son centre-ville, vit une communauté de gitans sédentarisés. Pour un jeune photojournaliste de Perpignan, j’aurais pu trouver sujet plus simple et documenter l’enclave gitane qui résiste depuis des années dans ma ville d’origine. Mais les gitans viennent d’Inde et ce sont les racines de cette communauté qui m’intéressaient. Membre depuis dix ans de l’association humanitaire Amis Catalans du Sud de l’Inde (ACSI), c’est donc naturellement qu’en février dernier je m’envole pour Pondichéry.

Les gypsies ne sont pas mieux traités au pays de Gandhi que dans le reste du monde. Au contraire. Ici, ils sont considérés comme « hors-caste », au même titre que les Intouchables. Mangeurs de viande quand la plupart des Indiens sont végétariens ; adeptes du braconnage, une pratique considérée comme illégale ; amateurs de combats de coqs ou autres trafics interdits par la loi, les gitans indiens sont discriminés pour leur mode de vie – et non en raison de leur religion.

Heureusement pour eux, depuis quelques années, Samugam, une petite ONG locale, déploie des efforts considérables pour faciliter leur intégration. L’association se concentre essentiellement sur les plus jeunes membres de la communauté, tentant de leur offrir une enfance normale et d’endiguer la mendicité infantile. Ainsi a été créée Jaly Home, une maison pour les enfants gitans située à quelques kilomètres du ghetto. Entre les murs de cette sorte d’internat, ils sont soignés, nourris et éduqués. Ils peuvent apprendre à jouer d’un instrument ou à faire du karaté. C’est dans ce cadre que j’ai pris cette photographie.

Pour agrandir, cliquez sur l’image : Ce jour-là, ma copine avait mis en place un atelier artistique de fabrication de masque en plâtre. C’était une première pour ces enfants. Il a fallu leur expliquer que pour respirer, ils devaient perforer leurs masques au niveau des narines. Quel joyeux bordel ! Les gamins courraient partout, heureux, quand ils n’étaient pas immobilisés par un volontaire penché sur eux pour les badigeonner de plâtre.

À l’instant où je prends ce cliché, le masque de cette petite fille a terminé de sécher. Elle peut enfin le toucher, le poser sur son visage et se regarder. Je la vois se demander avec un peu d’appréhension à quoi elle va ressembler. C’est un moment très émouvant. Les efforts de l’association commencent à payer : une de leur premières pensionnaires, Kowsalyia, est aujourd’hui en deuxième année d’études d’infirmière, elle sera bientôt diplômée. J’espère qu’un jour, grâce à Jaly Home, tous ces enfants gitans connaitront le même avenir et qu’ils arrêteront de vendre des ballons le soir le long des trottoirs. »

Propos recueillis par Clara Hesse



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