17 juin 2019

Russie cabossée

Dmitri Markov

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Un jeune garçon se fait couper les cheveux pour ses dix-huit ans. Dans quelques jours, il devra quitter l’orphelinat d’Idritsa, dans la région de Pskov, au nord-ouest de la Russie, non loin de la frontière avec l’Estonie.

Depuis quinze ans, Dmitri Markov photographie son pays. Tout a commencé lorsque cet ancien gamin des rues toxicomane, né en 1982 à Pouchkino, s’engage comme bénévole dans un orphelinat. À la nuit tombée, quand il regagne ses pénates, l’éducateur alimente un blog dans le but d’alerter les pouvoirs publics et les médias sur les conditions de vie de ces adolescents sans parents. Beaucoup sont attardés mentalement. Pour donner plus de force à ses textes, Dmitri Markov se met à les photographier avec un smartphone. De 2005 à 2012, il documente le quotidien de ces jeunes Russes aux vies cabossées.

Postées au fur et à mesure sur Instagram, ses images vont faire le tour du monde. En 2015, le photographe autodidacte est récompensé par la bourse Getty Images Instagram Grant. Dotée de 10 000 dollars, elle est le coup de pouce nécessaire pour continuer à montrer les délaissés de son pays, loin des élites et des dorures moscovites. Après les orphelins et les gamins des rues, Dmitri Markov part à la rencontre de la Russie provinciale. Il photographie la jeunesse militarisée, l’été au bord de la mer Baltique, les toxicomanes, la vieillesse et la maladie, les campagnes, les chiens estropiés et les paysages gelés. Un véritable roman social. Quand on lui demande pourquoi il se concentre sur les marginaux, il répond : « Je n’aime pas ce mot qui pourrait qualifier la moitié de la population russe. Ce que je veux, c’est raconter les histoires de ceux qui vivent hors de la capitale.  » Aujourd’hui, plus de 388 000 personnes suivent son compte Instagram.

En mars 2019, la jeune maison d’édition IIKKI publie « Cut Off  », son premier livre photo disponible en France. Une édition limitée à 500 exemplaires à retrouver aux Rencontres photographiques d’Arles cet été. Ou en vente ici.
Pour voir le compte Instagram de Dmitri Markov : cliquez ici.

Clara Hesse

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