10 juin 2019

Synthetic Kids

Martina Cirese

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Laura, 28 ans, pose avec Aaron, l’un de ses cinq « bébés reborn », poupée hyper réaliste à mi-chemin entre le jouet et l’œuvre d’art.

Le phénomène des reborn dolls est apparu aux États-Unis dans les années 90, lorsqu’une femme a commencé à repeindre des poupées distribuées par l’enseigne Walmart pour les rendre plus réalistes. « Aujourd’hui, elles sont confectionnées dans des usines. Leur structure est en céramique et leur corps en silicone ou en vinyle », explique la photographe Martina Cirese, qui a enquêté sur le phénomène pendant deux ans entre l’Italie, l’Allemagne et la France. Elles sont ensuite récupérées par des reborn artists qui tâchent de les rendre les plus réalistes possible en peignant leurs yeux et les détails de leur peau. Leur crâne est parfois couvert de véritables cheveux humains - quand ce n’est pas du mohair. Elles sont ensuite vendues lors de salons spécialisés ou sur Internet, entre 50 et 10 000 euros.

« Avec ce sujet, je m’interroge sur la façon dont le désir humain peut devenir marchandise  », poursuit la photographe. Les passionnés de reborn appartiennent à une communauté aux âges et aux profils variés. On y trouve de simples collectionneuses de poupées, des femmes en manque de maternité, victimes d’un traumatisme, portant le deuil d’un enfant ou infertiles.

La Laura photographiée par Martina Cirese a sa propre chaîne Youtube, qui totalise 3 975 092 vues depuis 2015. Dans ses vidéos, elle met en scène ses reborn Meryl, Léo, Alicyah, Loïss et Aaron. Telle une mère prise dans une routine quotidienne, on voit la Française les pouponner, les habiller, faire leur toilette (pour de faux ! les reborn ne sont pas waterproof) et même les promener en landau avec d’autres reborneuses. Sur Internet, à l’attention de ses abonné(e)s, la jeune femme précise : «  Je suis consciente qu’il s’agit de faux bébés et ne m’en occupe absolument pas. Les vidéos sont des mises en scène pour montrer le réalisme de la poupée et pour partager cette passion avec d’autres collectionneuses !  »

Cette photo est extraite de « Synthetic Madonnas », le deuxième chapitre de la série « Les femmes rêvent-elles de bébés synthétiques ?  » après « Synthetic Kids » réalisé par la photographe italienne Martina Cirese.
Elle est exposée au Brescia Photo Festival jusqu’en septembre.
Voir le site de Martina Cirese : https://www.martinacirese.it

Clara Hesse

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