15 février 2018

les rescapés de mossoul-ouest

Charles Thiefaine

Chaque semaine, un photographe raconte l’une de ses images qui l’a marqué. Charles Thiefaine était en Irak lorsque débutait la bataille pour la libération de Mossoul-Ouest. Il a croisé les premiers rescapés du quartier d’Al Mamoun.



« Les affrontements à Mossoul-Ouest grondent depuis une semaine. L’Est de la ville la plus peuplée d’Irak après Bagdad a été libéré de l’Etat islamique quelques jours plus tôt. Nous sommes en février 2017, j’ai 25 ans et c’est la deuxième fois que je suis reporter de guerre au cœur du volcan irakien.

Ce jour-là, je roule avec des confrères vers l’Ouest dans l’espoir de rejoindre les forces militaires irakiennes. Après avoir contourné par le Sud Al-Mamoun, un des quartiers de Mossoul situé à quelques kilomètres, nous atteignons un hameau perdu au milieu de plaines arides et brunâtres. Contre les murs des maisons, une dizaine d’hommes, de femmes et d’enfants sont là, assis, à bout de souffle et en pleurs.

Le moteur d’un pick-up se fait entendre à l’horizon. C’est un véhicule militaire. Sur le plateau arrière je distingue plusieurs silhouettes. Durant mes reportages en zones de conflit, j’ai vu des camps, des villes libérées et des réfugiés, mais là, lorsque le modeste blindé arrive à notre niveau, je découvre une scène d’une tristesse infinie.

Cliquez sur l’image pour l’agrandir : La poussière s’est introduite jusque dans leur bouche, leurs narines, et recouvre chaque centimètre de leur peau. Des femmes pleurent. Les larmes roulent sur leurs joues recouvertes de sable. Les enfants tremblent. Je prends une dizaine de photos. En vitesse. Je cadre à peine. Et je les aide à descendre.

Une des familles a été enlevée par l’Etat islamique pour servir de bouclier humain dans Mossoul. Les autres ont dû fuir leur quartier il y a quelques heures à peine. Ils ont vu mourir leurs proches et les bombardements détruire leur maison.

Sur les collines qui nous séparent d’Al-Mamoun, j’aperçois alors du mouvement. Plusieurs petites taches noires. Elles descendent le long des dunes. Les taches se font de plus en plus nombreuses. Très vite, c’est une marée humaine qui dévale les montagnes de sable. Les habitants fuient. Sans le savoir, j’assiste à la première vague de réfugiés de la bataille de Mossoul-Ouest. »

Propos recueillis par Clara Hesse



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